Cédric Bouchardy Consultant SEO & Développeur web indépendant

Le site de votre mairie est-il accessible ? Ce que je regarde en premier

Publié le dans Bonnes pratiques web

Navigation au clavier sur le site accessible d’une mairie avec plage braille et casque audio
Un site municipal accessible doit permettre à chaque habitant de consulter les informations et d’effectuer ses démarches.

Quand on parle d’accessibilité numérique, beaucoup de petites communes pensent immédiatement à une nouvelle obligation difficile à appliquer. Encore un sigle, des critères techniques et un sujet pour lequel elles n’ont ni service dédié, ni beaucoup de temps, ni toujours le budget nécessaire.

Je le comprends.

Mais derrière le jargon, la question est finalement assez simple : tous vos habitants peuvent-ils utiliser le site de la mairie ?

Peuvent-ils trouver les horaires d’ouverture, consulter les actualités, télécharger un formulaire, lire un compte rendu de conseil municipal ou effectuer une démarche en ligne, quelle que soit leur situation ?

Un premier contrôle permet déjà de repérer des problèmes évidents : absence de déclaration d’accessibilité, navigation impossible au clavier, textes trop peu contrastés, formulaires mal construits ou documents PDF qui ne sont en réalité que des images scannées.

Ce contrôle rapide ne remplace pas un audit RGAA. Il permet simplement de savoir si le site présente des obstacles manifestes et par où commencer.

Un site municipal accessible n’est pas un site réservé à quelques usagers. C’est, au contraire, un site que davantage d’habitants peuvent utiliser seuls.

Une obligation légale, mais surtout une question de service public

Les sites internet des communes et des collectivités territoriales sont concernés par l’obligation d’accessibilité numérique, quelle que soit la taille de la collectivité.

Le cadre de référence utilisé en France est le Référentiel Général d’Amélioration de l’Accessibilité, plus connu sous son sigle RGAA. Sa version 4.1.2 comporte 106 critères de contrôle portant notamment sur les images, les couleurs, les tableaux, les liens, les formulaires, la navigation, les documents téléchargeables et la compatibilité avec les technologies d’assistance.

Cent six critères, cela peut donner envie de refermer immédiatement la page…

Il faut pourtant éviter de voir le RGAA comme un mur technique infranchissable. Son objectif est très concret : permettre à une personne aveugle utilisant un lecteur d’écran, à une personne qui ne peut pas manier une souris, à un habitant malvoyant, sourd, dyslexique ou rencontrant des difficultés cognitives d’accéder aux mêmes informations et aux mêmes démarches que les autres.

L’accessibilité aide aussi des personnes qui ne se considèrent pas nécessairement comme handicapées : un habitant âgé qui agrandit les caractères, une personne blessée qui utilise temporairement son ordinateur différemment, quelqu’un qui consulte une vidéo sans le son ou un usager qui remplit un formulaire depuis un téléphone dans de mauvaises conditions.

Sur le site d’une mairie, les informations publiées peuvent concerner l’état civil, l’urbanisme, les inscriptions scolaires, les élections, les déchets, les travaux ou les démarches sociales. Lorsqu’elles sont inaccessibles, certains habitants doivent téléphoner, se déplacer ou demander l’aide d’un proche pour obtenir une information que les autres trouvent seuls.

Vous n’êtes probablement pas la seule commune concernée

En janvier 2026, RGAA Checker a réalisé une analyse automatisée des pages d’accueil de 19 581 sites de communes françaises. Le score technique moyen obtenu était de 63,3 %, et seulement 16,3 % des communes dépassaient 75 %.

Moins de 2 communes sur 10 obtiennent un résultat satisfaisant. Et cela ne signifie pas encore que leur site est conforme au RGAA.

Ces chiffres doivent être lus avec prudence. L’étude portait uniquement sur les pages d’accueil et sur les vérifications réalisables automatiquement. Les résultats ne constituent donc pas des taux de conformité RGAA, qui nécessitent un audit humain complet sur un échantillon représentatif du site.

Ils montrent néanmoins que les difficultés élémentaires restent très répandues : images sans alternative, contrastes insuffisants, formulaires mal étiquetés, navigation au clavier défaillante ou mauvaise organisation des titres.

Si le site de votre commune n’est pas parfait, il est donc en nombreuse compagnie. Ce n’est évidemment pas une raison pour ne rien faire. C’est plutôt une invitation à aborder le sujet sans chercher à tout résoudre en une semaine.

Ce que je regarde en premier, avant même de parler d’audit

Lorsque j’ouvre le site d’une mairie, quelques vérifications simples me donnent déjà une idée de la situation. Elles ne suffisent pas à déclarer le site conforme ou non conforme, mais elles permettent de repérer rapidement certains signaux.

  1. La mention d’accessibilité. La page d’accueil doit afficher l’une des trois mentions prévues : « Accessibilité : totalement conforme », « Accessibilité : partiellement conforme » ou « Accessibilité : non conforme ». Cette mention est souvent placée dans le pied de page, mais elle peut apparaître ailleurs dès lors qu’elle reste clairement visible.
  2. La page Accessibilité. Elle doit pouvoir être atteinte directement depuis la page d’accueil et depuis n’importe quelle page du site. Elle contient la déclaration d’accessibilité, ainsi que le schéma pluriannuel de mise en accessibilité et le plan d’action de l’année en cours, ou des liens permettant de les consulter.
  3. La navigation au clavier. Je pose la souris et j’utilise la touche Tabulation. Puis-je atteindre le menu, les liens, les boutons et les champs du formulaire ? Est-ce que je vois toujours où je me trouve ? Puis-je fermer une fenêtre ou utiliser un sous-menu sans cliquer avec une souris ?
  4. L’agrandissement du texte. En augmentant fortement le zoom du navigateur, le contenu reste-t-il lisible ? Les textes, boutons et formulaires restent-ils utilisables, ou certains éléments se chevauchent-ils et disparaissent-ils ?
  5. Les images, les liens et les formulaires. Les images importantes disposent-elles d’une alternative pertinente ? Les intitulés de liens restent-ils compréhensibles hors de leur contexte, ou le site accumule-t-il les « Cliquez ici » et les « En savoir plus » ? Chaque champ de formulaire possède-t-il une étiquette claire et les erreurs sont-elles réellement expliquées ?
  6. Les documents PDF. Bulletins municipaux, comptes rendus, formulaires, menus de cantine et arrêtés représentent souvent le chantier le plus important. Un PDF obtenu en scannant une feuille n’est qu’une image : sans traitement supplémentaire, un lecteur d’écran ne peut pas en comprendre le contenu.

Ces six points ne demandent pas de lire immédiatement les 106 critères du RGAA. Ils ramènent l’accessibilité à des usages réels.

Ils révèlent aussi quelque chose d’important : les problèmes ne viennent pas uniquement du développement du site. Ils peuvent être introduits chaque semaine par les contenus publiés.

Une page « Accessibilité » ne rend pas le site accessible

La déclaration d’accessibilité est obligatoire, mais sa simple présence ne prouve rien.

Elle doit être le résultat d’une évaluation effective du site. Selon la méthode officielle d’évaluation de la conformité, l’audit porte sur un échantillon représentatif comprenant notamment la page d’accueil, la page de contact, les mentions légales, la page Accessibilité, les principales rubriques, les formulaires, des documents téléchargeables et différents types de contenus lorsqu’ils existent.

L’évaluation peut être menée en interne ou confiée à un tiers. Dans les deux cas, elle doit être sérieuse, traçable et suffisamment représentative.

Un taux de conformité ne devrait donc jamais être choisi au hasard, copié depuis le site d’une autre collectivité ou déduit du résultat d’un outil automatique.

En l’absence d’un audit en cours de validité, la mention prévue par le référentiel est « Accessibilité : non conforme ». Ce n’est pas agréable à afficher, mais c’est plus honnête qu’une conformité partielle inventée. La déclaration d’accessibilité peut ensuite présenter les difficultés connues, les alternatives proposées et les actions envisagées.

La déclaration doit décrire honnêtement l’état du site et le travail qu’il reste à accomplir.

Les outils automatiques sont utiles, mais ils ne rendent pas le verdict

Un outil d’analyse peut repérer rapidement une image sans attribut alternatif, un contraste insuffisant, un champ de formulaire sans étiquette ou certaines erreurs dans le code.

C’est utile pour effectuer un premier tri et éviter des défauts évidents.

Mais aucun outil automatique ne comprend réellement tout le site. Il ne sait pas toujours si le texte alternatif d’une image est pertinent. Il ne peut pas juger correctement la logique d’un parcours administratif, la clarté d’un message d’erreur ou la compréhension d’une page par une personne utilisant un lecteur d’écran.

Un site peut obtenir un score automatique honorable et rester très pénible à utiliser. À l’inverse, un contrôle automatisé peut signaler des éléments qui demandent simplement une vérification humaine.

Pour mesurer une conformité RGAA, il faut donc examiner les critères applicables, tester un échantillon représentatif et utiliser, lorsque c’est nécessaire, des navigateurs et des technologies d’assistance adaptés.

Le petit tour que je propose ici sert à ouvrir la discussion. Il ne remplace pas cette démarche.

Le bouton magique qui rend tout accessible n’existe pas

On trouve des extensions et des modules qui promettent de rendre un site accessible en ajoutant un bouton : changement des couleurs, augmentation de la taille des textes, suppression des animations ou lecture vocale.

Certaines de ces fonctions peuvent apporter un confort ponctuel. Elles ne corrigent toutefois pas la structure d’une page, un menu inutilisable au clavier, un formulaire mal étiqueté, un PDF scanné ni une fonctionnalité incapable de dialoguer correctement avec un lecteur d’écran.

L’accessibilité doit être intégrée au thème, aux composants, aux contenus et aux habitudes de publication. Elle ne peut pas être entièrement posée au-dessus d’un site défaillant comme une couche supplémentaire.

C’est particulièrement important lors d’une création de site internet. Prendre le sujet en compte dès l’arborescence, les maquettes, les choix graphiques et le développement coûte généralement moins cher que corriger ensuite des dizaines de composants déjà en production.

Faut-il refaire entièrement le site de la mairie ?

Pas forcément.

Je ne conseillerais pas une refonte complète uniquement parce qu’un premier contrôle fait apparaître quelques problèmes. Selon l’état du site, il peut être possible de corriger le thème, de remplacer certains modules, d’améliorer les formulaires et de reprendre progressivement les contenus les plus consultés.

Un travail de maintenance et de remise à niveau peut parfois prolonger efficacement la vie du site.

La refonte devient pertinente lorsque la base technique empêche les améliorations : thème abandonné, outil verrouillé par un prestataire, composants impossibles à corriger, administration devenue trop complexe ou accumulation de fonctionnalités anciennes qui cassent à chaque intervention.

Elle peut également être préférable lorsque l’organisation même du site n’a plus de sens. Si les habitants ne trouvent pas les démarches, si le menu reflète l’organigramme interne plutôt que leurs besoins et si chaque information est publiée sous la forme d’un PDF, il ne suffit plus de modifier quelques couleurs.

Une refonte de site WordPress peut alors repartir sur de meilleures bases, à condition que l’accessibilité soit prévue dans le cahier des charges et contrôlée pendant le projet. Attendre la veille de la mise en ligne pour « ajouter le RGAA » conduit rarement à un bon résultat.

Par où commencer avec un budget et une équipe limités ?

Une petite commune ne dispose pas toujours d’un responsable numérique, d’un développeur et d’un référent accessibilité. Il faut donc établir des priorités réalistes plutôt que promettre une perfection immédiate.

Je commencerais ainsi :

  1. Établir un état des lieux fiable. Identifier les services les plus utilisés, les principaux obstacles et les obligations documentaires manquantes. En l’absence d’un audit valide, il faut afficher la mention prévue « Accessibilité : non conforme » et ne pas inventer un pourcentage rassurant.
  2. Corriger ce qui bloque réellement les habitants. La navigation, les démarches en ligne, les formulaires, les informations d’urgence, les contrastes et les documents indispensables passent avant les détails rencontrés sur une page rarement consultée.
  3. Empêcher le site de se dégrader à nouveau. Former les personnes qui publient, prévoir des modèles de documents accessibles, choisir correctement les titres, renseigner les alternatives des images et contrôler les nouveaux modules avant leur mise en ligne.

Une dérogation pour charge disproportionnée peut exister dans certaines situations, mais elle ne consiste pas à déclarer que le chantier est trop coûteux et à s’arrêter là. Elle doit être expliquée, motivée et accompagnée, lorsque c’est nécessaire, d’une alternative accessible.

La progression doit donc être organisée et documentée. C’est précisément le rôle du schéma pluriannuel et des plans d’action annuels.

Le problème revient souvent par les contenus

Un site peut être techniquement bien construit le jour de sa livraison et perdre progressivement en accessibilité.

Une affiche contenant toutes les informations d’un événement est publiée sans texte équivalent. Un agent ajoute « cliquez ici » sur quinze actualités. Un compte rendu est mis en ligne sous la forme d’un scan. Une vidéo du conseil municipal ne possède ni sous-titres ni transcription. Un tableau copié depuis un traitement de texte devient incompréhensible sur mobile et pour les technologies d’assistance.

Ce n’est pas toujours de la négligence. Le plus souvent, les personnes chargées de publier n’ont jamais été formées et ne disposent d’aucune consigne claire.

L’accessibilité doit donc faire partie de la vie éditoriale du site. Quelques règles simples, des modèles adaptés et une vérification avant publication évitent de recréer continuellement les mêmes problèmes.

C’est aussi pour cette raison qu’une déclaration vieille de plusieurs années ne suffit pas. Elle doit être mise à jour après une modification substantielle ou une refonte, trois ans après sa publication ou dans les délais prévus après la publication d’une nouvelle version du référentiel.

Faut-il attendre le RGAA 5 ?

Non.

La version 5 du RGAA est annoncée pour la fin de l’année 2026. Le site officiel précise toutefois très clairement que cette évolution ne remet pas en cause les travaux en cours ou à venir et qu’ils ne doivent être ni suspendus ni reportés.

Les problèmes les plus concrets ne vont d’ailleurs pas disparaître avec une nouvelle version du référentiel. Un formulaire sans étiquette, un contraste illisible, une navigation inaccessible au clavier ou un document scanné resteront des obstacles pour les habitants.

Commencer aujourd’hui ne signifie pas tout refaire dans l’urgence. Cela signifie connaître la situation, corriger ce qui bloque et intégrer progressivement de meilleures pratiques.

L’accessibilité n’est pas une astuce de référencement

Une structure de titres cohérente, des liens explicites, des images correctement décrites et un code plus propre peuvent aussi aider les moteurs de recherche à comprendre les pages.

Mais je me méfie de l’argument selon lequel il faudrait rendre un site accessible uniquement pour améliorer son référencement naturel.

L’accessibilité poursuit d’abord un objectif d’égalité d’accès. Tous ses critères ne sont pas des critères SEO et un bon positionnement dans Google ne garantit absolument pas qu’un site soit utilisable par une personne handicapée.

Les deux démarches partagent certaines bonnes pratiques, mais elles ne se remplacent pas.

Ce que je peux regarder avec une commune

Je peux effectuer un premier état des lieux technique et éditorial du site : vérifier les signaux les plus visibles, repérer les composants problématiques, examiner les formulaires et les contenus, puis distinguer ce qui peut être corrigé de ce qui nécessite un chantier plus important.

Ce premier regard ne remplace pas un audit de conformité RGAA réalisé sur un échantillon représentatif. Il permet en revanche de savoir par où commencer, d’évaluer les priorités et d’éviter de lancer une refonte complète si des améliorations ciblées peuvent suffire.

Si le site est en bon état, je le dirai également.

Vous souhaitez faire un premier point sur le site de votre mairie, de votre commune ou de votre collectivité ? Vous pouvez me présenter la situation et m’envoyer l’adresse du site, ou m’appeler au 06 19 58 47 99.

Questions fréquentes sur l’accessibilité des sites de mairie

Une petite commune est-elle concernée par le RGAA ?

Oui. Les collectivités territoriales et les établissements publics qui en dépendent entrent dans le champ de l’article 47 de la loi du 11 février 2005, quelle que soit la taille de la commune. Les moyens disponibles peuvent naturellement influencer l’organisation et le rythme des travaux, mais pas supprimer le principe d’accessibilité.

Une extension WordPress peut-elle rendre le site conforme ?

Non, pas à elle seule. Une extension peut corriger ou améliorer certains éléments précis, mais elle ne peut pas réparer automatiquement l’ensemble de la structure, des contenus, des formulaires, des documents et des fonctionnalités. La conformité se mesure sur le résultat réellement proposé aux utilisateurs.

Une mairie doit-elle obligatoirement réaliser un audit ?

Une déclaration d’accessibilité doit être fondée sur une évaluation effective et fiable du service. L’audit peut être mené en interne si la collectivité possède les compétences nécessaires, ou confié à un prestataire. Il porte sur un échantillon représentatif et sur les critères applicables du RGAA.

Tous les documents PDF doivent-ils être accessibles ?

Les documents publiés doivent être examinés selon leur date, leur nature et leur utilité. Certaines exemptions sont prévues, notamment pour des fichiers bureautiques anciens, mais elles ne couvrent pas automatiquement les documents nécessaires à une démarche administrative. Dans tous les cas, proposer une version HTML ou une alternative accessible reste souvent la solution la plus utile pour les habitants.